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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 11:26

Nettibook

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 10:18

Set computer light as your eye is suffering from illness...

 

Dimitri Mbouwe

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 13:23

Avant-PROJET:

 

« Nettibook »

Free online school books

Le livre scolaire accessible pour gratuitement pour ordinateurs, smartphones et laptops...

Dimitri Mbouwe

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 03:52

Afrique Média et ses faux amis : Idriss Déby Itno, le colonisateur français que l’on nous dit panafricain !

Après avoir confondu Paul Biya fils d’Ahidjo fils d’Aujoulat fils de la France avec un panafricain, voilà donc qu’Afrique Média nous sort une carte surprise avec la recette du chef d’Etat tchadien qu’il voudrait panafricain au point de l’avoir accueilli et logé après la fermeture de ses locaux au pays où ne dure pas au pouvoir qui veut. Seulement voilà, pour réussir sa recette, on le sait tous, un chef ne met pas seulement un ingrédient dans sa marmite et surtout garde le secret…

Idriss Déby Itno colonisateur français, ce n’est un secret que pour un crétin : même sa page Wikipédia n’en fait pas un mystère : https://fr.wikipedia.org/wiki/Idriss_D%C3%A9by

En effet, au tout début de la création de son mouvement rebelle, le zaghawa a reçu l’aide matérielle, financière et technique de la France pour réussir son coup d’Etat au Tchad. Un espion de la DGSE surnommé M. Paul dont tout le monde officiant en ces temps là connait, était le cerveau de la rébellion de Déby qui allait bientôt chasser du pouvoir son ancien patron Hissein Habré et est celui qui a coordonné les mouvements du groupe sur le terrain depuis le Soudan jusqu’à N’jamena, sous le regard complaisant des militaires français stationnés à Abéché qui se marraient du simulacre ! Et pourtant un accord dit que la France défend le Tchad en cas d’agression extérieure. Mais seulement voilà, sauf les imbéciles ne changent pas ! Rien n’a été fait de cet accord, et la route a été ouverte à Déby pour N’jamena…

Et depuis ce jour, la France fait des pieds et des mains pour maintenir son protégé au pouvoir, comme il sert bien ses intérêts : à chaque tentative de toute rébellion qui menace le régime de Déby, les français sortent de leur mutisme pour intervenir en faveur de leur larbin et le garde au pouvoir. La plus flagrante en est la dernière : après que la rébellion ait conquis ville après ville jusqu’à N’jamena, elle a été stoppée nette dans ses élans alors qu’elle avait lancée le dernier assaut contre le palais présidentiel où s’était recroquevillé Déby et ses fidèles comme dans un dernier carré et n’attendait plus que le coup de grâce depuis le samedi 02 février 2008! La France intervint avec ses hélicos gazelle et détruisit la rébellion et redonna vit au pouvoir de son valet qui était presque égorgé! Une attitude bien contraire à celle opposée à Laurent Gbagbo qui a plutôt été attaqué dans son palais quand il y a été retranché par les rebelles ivoiriens avec l’aide …des français !

Installé par la France, protégé contre tout par elle, chouchouté par la métropole, Idriss Déby Itno a vu Afrique Média trouver en lui un réel panafricain qui … s’oppose aux intérêts français en Afrique ! Et pourtant, Idriss Déby n’a pas retourné sa veste contre son géniteur. A moins que ce ne soit une danse avec les loups où le diable embrasse Dieu avec des intentions dont personne n’est dupe, on aimerait bien comprendre comment Idriss Déby Itno est un panafricain anti-français.

Dimitri Mbouwe

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4 février 2016 4 04 /02 /février /2016 18:42

Révolution dans le livre scolaire ,  livres gratuits pour ordinateurs et smartphones...

Dimitri Mbouwe

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 20:13

la numérologie est l'ensemble de calculs qui permettent de comprendre, de voir , de lire et de prédire le passé et le futur de quelqu'un.Pour plus d'exactitude, une association de l'archétypie et de la généalogie est nécéssaire , comme ce fut le cas pour le Christ.

NUMEROLOGIE DE FRANCOIS HOLLANDE

1-signification du nom francois:

francois:269

200:hésitation,lenteur,passivité,introversion,calme,taciturne,faiblesse dans les décisions

60: divorce, veuvage, rupture de fiancailles,rupture amoureuse

9: tout ce qui est mauvais,guerre,armée, police, pompier, ennuis judiciaires,musique,prise de risque ,défense

2-numérologie de hollande:

hollande:148

100: faveurs divines,biens matériels

48:justice(ennuis ou emploi en justice)

40:sexe,sport

08:conversation,communication,poids

TOTAL: 269+148=417

400: déplacement, transport,accident,handicap moteur,exil

17:oubli, malheur

10:aura

7:puissance,béatitude,musique

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 06:57

 

dim, 05 févr 07:11:00 2012

Tony Parker (San Antonio) et Nicolas Batum (Portland) ont largement contribué à la victoire de leur franchise respective dans la nuit de samedi à dimanche. Mais surtout, les deux Frenchies ont établi un record. Chacun à leur manière.

Tony Parker San Antonio Spurs - 0

42 points et 9 passes pour l'un. 33 points pour l'autre. De l'autre côté de l'Atlantique, Tony Parker et Nicolas Batum ont marqué la nuit de samedi à dimanche de leur empreinte. Le meneur de jeu des Spurs a effectué une partie magistrale contre Oklahoma City en marquant 42 points, de loin son record de la saison, et en effectuant 9 passes décisives pour aider San Antonio à s'imposer à domicile (107-96) face à l'équipe qui affiche pourtant le meilleur bilan de NBA (18v-5d).

TP est devenu au passage le passeur le plus prolifique de l'histoire de la franchise texane, où il évolue depuis 2001, avec 4477 passes. Il a effacé des tablettes Avery Johnson, actuel entraîneur des Nets de New Jersey.

Batum : "Je me suis impressionné moi-même!"

Auteurs respectivement de 42 et 33 points, Tony Parker et Nicolas Batum ont flambé cette nuit et ont chacun établi un record. - 2A Portland, Nicolas Batum a établi son record de points en carrière, avec 33 marqués lors de la victoire des Trail Blazers contre Denver (117-97). Mais il a surtout inscrit 9 paniers à trois (sur 15 tentés, soit 60% de réussite), un nouveau record dans l'histoire de la franchise de l'Oregon. C'est aussi la meilleure performance de la saison à trois points en NBA.

Le Français sortait pourtant d'une absence de deux matches à cause d'un problème à un genou. "Je me suis impressionné moi-même!", a-t-il déclaré au micro de la chaîne de télévision qui retransmettait la rencontre.

Joakim Noah est passé tout près du double double lors de la victoire de Chicago contre Milwaukee (113-90), avec 14 points et 9 rebonds.

Boris Diaw a de son côté marqué 13 points, pris 3 rebonds, fait 3 passes décisives mais a perdu cinq fois le ballon lors de la défaite de Charlotte à Phoenix (95-89). Il s'agit de la 21e défaite de la saison pour les Bobcats (en 24 matches), bon dernier de NBA, et surtout leur 11e revers d'affilée.

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 13:55

http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/files/2011/12/Kepler.jpg

On cherchait une autre Terre. Ils en ont trouvé deux. Dans un article publié, mardi 20 décembre, par la revue Nature, une équipe internationale de chercheurs exploitant les données de l'observatoire spatial Kepler de la NASA (que montre la vue d'artiste ci-dessus) a annoncé la découverte de deux planètes extrasolaires de taille comparable à celle de la Terre. Ces deux objets appartiennent à un système à cinq planètes tournant autour de Kepler-20, étoile située à un peu moins de 1 000 années-lumière de nous et très semblable à notre Soleil, quoique légèrement moins massive, moins chaude et moins lumineuse que lui. Sur ces cinq astres, trois sont des mini-Neptune et deux des cousins de la Terre. Baptisés Kepler-20e et Kepler-20f, ceux-ci sont très proches en taille de notre planète bleue avec des rayons respectifs de 87 % et 103 % de celui de la Terre. "Pour la première fois de l'histoire de l'humanité, on peut se dire : "ça y est, on est capable de détecter une Terre autour d'une autre étoile". C'est même la première fois que l'on passe la barrière du plus petit que la Terre", résume François Fressin.

Ce jeune astronome français de 33 ans, expatrié aux Etats-Unis au Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics de Cambridge (Massachusetts), est le premier auteur de l'étude publiée dans Nature. Il s'est spécialisé dans la recherche des petites planètes parmi les données qu'envoie Kepler depuis 2009. Cet observatoire en orbite autour du Soleil observe sans discontinuer un catalogue d'étoiles situées dans la constellation du Cygne et autour d'elle. L'instrument de Kepler est un photomètre, qui mesure les infimes variations de leur lumière. Son objectif principal consiste à détecter la très faible baisse de luminosité due au passage – au transit disent les astronomes – d'une planète devant son étoile. Pour donner un ordre de grandeur, Kepler-20e et f ont fait diminuer cette luminosité d'environ un dix millième. C'est peu, mais largement suffisant pour que les spécialistes soient sûrs qu'il se passe quelque chose, et encore plus quand ces "creux" dans le flux lumineux se produisent à intervalles réguliers.

Cela ne signe pas pour autant la présence d'une planète car ces creux peuvent avoir d'autres origines. En effet, si Kepler surveille en permanence un catalogue d'astres bien précis, il n'isole pas complètement les étoiles du champ de vision où elles se trouvent. Une étoile présente en arrière-plan peut ainsi être masquée par une des planètes, ce qui se traduira par une très légère baisse de luminosité. Autre possibilité envisagée, celle d'une étoile binaire à éclipses située dans le fond de l'image : il s'agit d'un couple d'étoiles qui, dans leur valse, s'occultent périodiquement l'une l'autre pour un observateur situé exactement dans leur plan de révolution. D'où la nécessité, pour les astronomes, de procéder à de fastidieux calculs et vérifications, explique François Fressin : "Tous les projets de recherche d'exoplanètes utilisant la méthode du transit ont ce problème. On perd beaucoup de temps à s'assurer que ce qu'on a vu est bien le transit d'une planète. Pour certains projets, le ratio s'élève à une planète pour huit faux signaux qui sont dus soit au fait que l'on est à la limite de la détection soit à d'autres sources astrophysiques."

Pour traiter les données de Kepler, il a donc fallu développer Blender. Derrière ce nom se cache un simulateur testant tous les scénarios possibles. Ce programme tourne sur Pleiades, le plus gros ordinateur de la NASA et le septième dans le monde par la puissance de calcul. "Tester un scénario requiert un million de calculs, décrit le chercheur français. Et nous testons plus de 10 milliards de scénarios..." A chaque fois, il faut dessiner la courbe de ces hypothèses alternatives et vérifier si elle correspond ou non à la courbe mesurée par le photomètre de Kepler. Voir si le creux a la même fréquence, la même durée, la même profondeur, la même forme. Les astronomes procèdent ainsi par élimination et ne sont sûrs de l'hypothèse de l'exoplanète que si elle s'avère plus de mille fois plus probable que n'importe quelle autre configuration. Cela a été le cas avec Kepler-20e et f... mais pas du premier coup. En 2010, avec la première année de données de Kepler, les signaux étaient déjà là mais, explique François Fressin, "la première étude avec Blender n'a pas permis de tirer une conclusion". Et pendant que Kepler moissonnait la lumière du ciel pendant une année supplémentaire, les chercheurs ont raffiné leurs méthode et technique d'analyse. Avec 670 jours de mesures, tout le système solaire de Kepler-20 s'est révélé et notamment ses deux petites planètes. "C'est de loin la découverte la plus difficile qui ait été faite dans le domaine des planètes de transit", assure François Fressin qui n'exclut pas cependant la possibilité de trouver des exoplanètes encore plus petites.

En attendant, ces deux-ci ont la bonne taille pour être qualifiées de sœurs de la Terre. Mais on ne parlera pas de jumelles. En effet, elles sont beaucoup trop proches de leur étoile pour qu'on puisse les comparer au havre de douceur et de vie qu'est notre globe. La première fait le tour de Kepler-20 en seulement 6,1 de nos jours et la seconde accomplit sa révolution en 19,6 jours. Autant dire qu'une température de plusieurs centaines de degrés Celsius règne à leur surface. Aucune des cinq planètes n'est d'ailleurs située dans la zone dite d'habitabilité, celle où les températures sont suffisamment clémentes pour que l'eau, si elle existe, se trouve sous forme liquide.

Ce système solaire est en fait concentré en peu d'espace et tient dans l'orbite de Mercure, qui est, "chez nous", la planète la plus proche du Soleil. Un phénomène qui risque bien d'attiser l'intérêt des astronomes, souligne François Fressin : "On a une curiosité dans l'ordre des planètes de ce système solaire. La plus proche de l'étoile est une sous-géante d'un peu moins de 2 rayons terrestres, puis vient la plus petite des planètes jamais détectées à ce jour, Kepler-20e, puis une mini-Neptune d'un peu moins de 3 rayons terrestres, puis notre quasi-Terre Kepler-20f et, enfin, une autre mini-Neptune. Si l'on compare cela à notre système solaire où on trouve d'abord quatre petites planètes rocheuses, puis quatre géantes, cela ne rime strictement à rien. Pourquoi ce melting pot ?"Bien sûr, les astronomes savent aujourd'hui que notre système solaire ne prétend pas être représentatif de ce qui se passe en général dans les autres. Mais ils savent aussi que le cortège de planètes accompagnant Kepler-20 n'a pas pu se former là où il réside actuellement : il n'y avait tout simplement pas assez de matériel sur place, à l'origine, pour constituer ces cinq objets. "Les planètes ont donc dû migrer, explique François Fressin. Et lorsque les planètes migrent, elles se poussent et peuvent même échanger leurs places. Il n'est donc pas exclu que Kepler-20f se soit un jour trouvé dans la zone d'habitabilité de son étoile."

Pour le moment, le saint Graal des chasseurs de planètes extra-solaires, une planète de la taille de la Terre située dans cette précieuse zone d'habitabilité, n'est pas à portée de vue. "Je ne sais pas combien de temps cette quête du Graal prendra, poursuit l'astronome français. Il faudra avoir une étoile vraiment semblable au Soleil, et, pour la planète, une taille, une température, une composition, une atmosphère identiques. Cette quête se fera de manière très progressive. Mais la découverte que nous venons de faire est la plus importante de ces pierres angulaires car la question de la taille de la planète est primordiale : on ne sait pas si la Terre serait habitable avec un rayon de 50 % supérieur,  on ne sait pas si les planètes qui, en taille, font la transition avec des astres comme Neptune sont rocheuses."

Il n'est pas sûr que Kepler puisse décrocher le gros lot mais il devrait donner de précieuses informations sur la fréquence des planètes de la taille de la Terre, avant de passer le relais à la génération des télescopes géants comme l'European Extremely Large Telescope, un monstre doté d'un miroir de près de 40 mètres de diamètre que l'Observatoire européen austral (ESO) compte lancer au début de la prochaine décennie au Chili. "Il ne faut pas oublier qu'il y a 20 ans, on ne savait rien des planètes extra-solaires, rappelle François Fressin, qui était adolescent lorsque les Suisses Michel Mayor et Didier Queloz ont trouvé la première exoplanète en 1995. Aujourd'hui, on en découvre de la taille de la Terre : sur le plan technologique, c'est phénoménal."

En 2002, j'avais publié dans Le Monde le portrait de l'Américain Geoffrey Marcy, un des plus prolifiques découvreurs d'exoplanètes (il est également co-signataire de l'étude de Nature). A l'époque, on ne détectait que des planètes géantes, ce en raison des limitations qu'imposaient les instruments. Mais Geoff Marcy, dans son bureau de l'université de Berkeley où il enseigne l'astronomie, voyait ses collègues, concurrents et lui-même comme des navigateurs approchant de la terre ferme : « C'est comme si nous étions sur un bateau, à 1 kilomètre de la plage.  A cette distance, on ne distingue que les gros rochers. Mais à mesure que votre navire s'approche, les petits rochers apparaissent, puis les galets et, quand vous accostez, vous voyez les grains de sable et, bien sûr, ils sont les plus nombreux. C'est exactement ce qui nous arrive. Pour l'instant, nous ne voyons que les gros rochers. Un jour, avec une autre technologie, nous verrons les galets et les grains de sable. » C'était il y a moins de dix ans. La prophétie s'est accomplie, nous commençons à voir les grains de sable.

Dimitri mbouwe d’après Pierre Barthelemy

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 13:23

 

Massacres en pays bamiléké



Extrait de La Françafrique. Le plus long scandale de la République de François-Xavier Verschave (Stock, 1999), pp.99-108


« Ils ont massacré de 300 à 400 000 personnes. Un vrai génocide. Ils ont pratiquement anéanti la race. Sagaies contre armes automatiques. Les Bamilékés n'avaient aucune chance. [...] Les villages avaient été rasés, un peu comme Attila », témoigne le pilote d'hélicoptère Max Bardet [1]. J'appris avec ces phrases le massacre littéralement inouï d'une population camerounaise au tournant des années soixante. Je m'attachai à en savoir davantage. Ce ne fut pas facile, tant la terreur, là-bas, produit encore son effet. Ce n'est pas terminé [2].


En 1938, de jeunes Camerounais formés à l'école française créent la Jeucafra, Jeunesse camerounaise française [3]. Parmi eux, un certain Ruben Um Nyobé, commis-greffier au tribunal de Yaoundé. Nettement pro-français, ce mouvement se pique au jeu de la conférence de Brazzaville où, en 1944, le général De Gaulle avait annoncé des libertés politiques nouvelles pour les peuples de l'Empire colonial [4].

Au même moment débouche le mouvement de syndicalisation suscité par des salariés français expatriés, travaillant dans l'enseignement et les chemins de fer [5]. Ce mouvement est proche de la CGT française, à laquelle adhéraient la plupart de ses initiateurs. Il aboutit en décembre 1944 à la création de l'Union des syndicats confédérés du Cameroun (USCC). Ruben Um Nyobé s'y inscrit, avec plusieurs de ses amis.

L'injustice sociale et politique est alors criante. Les colonies ont connu l'« effort de guerre », l'austérité et une forte hausse des prix. A la Libération, les salaires des fonctionnaires de nationalité française sont augmentés, ceux des camerounais restent bloqués : la ségrégation continue !  Anticipant sur les libertés promises, la Jeucafra exige l'impossible : la liberté de parole et de presse, la participation des autochtones à la gestion des affaires publiques, etc.  Comme en Algérie, au Sénégal, ou plus tard à Madagascar, le refus est brutal : lors d'une grève le 27 septembre 1945, une bande de colons armés tirent sur une manifestation d'Africains. Il y a au minimum soixante morts [6]. Ainsi restauré, l'« ordre » colonial engendre des frustrations considérables.

En mars 1947, la Jeucafra se fond dans un front anticolonialiste, le Racam (Rassemblement camerounais), qui réclame carrément la création d'un État camerounais. Après la guerre 1914-18, le Kamerun détenu par l'Allemagne vaincue s'était vu placé par la Société des nations sous un double mandat : la tutelle de la France, pour la majeure partie du territoire, et celle de la Grande-Bretagne, pour la région Ouest limitrophe du Nigeria. Le Racam demande tout simplement la fin des mandats tutélaires, en application de la charte des Nations unies, et la réunification du Kamerun. On l'interdit au bout de deux mois.

Ce n'est que partie remise. Avec les mêmes revendications, Ruben Um Nyobé fonde le 10 avril 1948 l'Union des populations du Cameroun (UPC). Celle-ci adhère bientôt au Rassemblement démocratique africain (RDA), créé par l'Ivoirien Houphouët-Boigny. Pour l'administration coloniale, pas de doute : non seulement la revendication d'indépendance sent le soufre, mais les fréquentations cégétistes d'Um Nyobé et l'adhésion de l'UPC au RDA portent la marque du complot communiste international. Certes, les députés du RDA à Paris se sont apparentés un temps au groupe communiste, avant d'être récupérés par le parti charnière de François Mitterrand, l'UDSR. Mais quand on voit l'évolution ultérieure d'Houphouët [7]... Un multimilliardaire, pas vraiment rouge !

L'amalgame indépendantisme-communisme, plus ou moins délibéré, parfois machiavélique, fera des ravages. Bien qu'Um Nyobé ait toujours nié la filiation communiste de l'UPC [8], le dynamisme de ce parti naissant lui vaudra très vite d'être la cible d'une croisade - pour la « défense du monde libre », contre le » péril rouge ». C'est la politique sans nuances du Haut-commissaire du Cameroun, André Soucadaux (1949-54). En face, Ruben Um Nyobé tient des propos qui font songer à son contemporain Mandela - ce Mandela qu'il aurait pu être :


« Les colonialistes ne veulent pas admettre qu'un Noir soit l'égal d'un Blanc. Cette conception se manifeste dans le domaine social, dans l'échelle des salaires, dans le traitement médical, dans le logement, dans la justice et hélas, à l'Église. Quelle est alors l'âme éprise de liberté qui resterait insensible devant ce fait révoltant d'un étranger qui traite les enfants de la terre comme des hommes de seconde zone ? La doctrine coloniale n'a jamais cessé de proclamer que le Blanc est un être supérieur et que le Noir, spécialement, ne possède que des capacités limitées [...]. Une telle façon de ne rien faire pour modérer, sauf cas exceptionnel, la discrimination raciale fait beaucoup pour renforcer notre méfiance et notre combativité [9]».


Un discours tellement vrai qu'il fait « exploser le conflit entre le système colonial et la condition faite au peuple came­rounais [10]», observe le politologue Achille Mbembe. L'UPC attire la population pauvre des grandes villes, Douala en particulier. Elle convainc aussi une partie des élites. Elle s'implante progressivement à travers tout le Cameroun, mais connaît deux zones de prédilection.

Le pays bassa, dont est originaire Um Nyobé, est resté très marqué par la pratique du travail forcé, auquel eut recours la puissance coloniale pour la construction du chemin de fer et d'autres infrastructures : le discours de l'enfant du pays est ressenti comme une libération.

Mais c'est en pays bamiléké que l'UPC connaît l'essor le plus considérable. Sa vitalité est un exutoire à de vives tensions sociales. Dans cette région montagneuse, un système coutumier rigide et une forte poussée démographique réduisent l'accès aux terres cultivables. D'où une forte émigration, vers le port de Douala notamment. Couplée à un remarquable esprit d'entreprise, cette expansion a tôt accrédité l'idée d'un impérialisme bamiléké - un préjugé que ne manquera pas d'exploiter le parti colonial. Un administrateur français, le chef de région Hubert, préconise « la meilleure action que nous puissions avoir » : « susciter des oppositions africaines et rendre la vie impossible aux meneurs upécistes [11]». De fait, la réaction à l'UPC ne tarde pas à s'organiser.


Dès la fin des années quarante, Jacques Foccart tisse en Afrique ses réseaux gaullistes, si conservateurs qu'ils en agacent le général De Gaulle lui-même, pourtant très attaché à l'Empire français. Au Cameroun, le parti gaulliste, le RPF (Rassem­blement du peuple français), ne jure que par la répression [12]. Il est en concurrence avec la coalition au pouvoir à Paris, la « troisième force » ni communiste, ni gaulliste. Mais celle-ci est tout aussi hostile que le RPF aux revendications de l'UPC.

Le Haut-commissaire Soucadaux introduit les socialistes de la SFIO, tandis que Louis-Paul Aujoulat, secrétaire d'État à la France d'Outre-Mer, missionne les démocrate-chrétiens du MRP. Les deux partis suscitent ensemble un « Bloc des démo­crates camerounais ». Ils l'arriment aux structures coutumières conservatrices, aux régions (le Nord, le Centre) ou aux ethnies (les Doualas par exemple) sensibles à l'épouvantail bamiléké [13]. Le corps électoral étant très restreint et la fraude systématique, le « Bloc » devance l'UPC aux élections de 1951 et 1952.

Ce résultat inique a pour effet de dégoûter de la voie électorale le parti d'Um Nyobé. Ce qui lui vaut un grief supplémentaire : le refus de la démocratie !  Le 13 juillet 1955, le Haut-commissaire Roland Pré, successeur de Soucadaux, décrète l'interdiction de l'UPC sur l'ensemble du territoire. Il lance un mandat d'arrêt contre Um Nyobé, pour atteinte à la sûreté de l'État. Une seule issue est laissée aux indépendantistes : le maquis.


En 1957, le nouveau Haut-commissaire Pierre Messmer, tout en réaffirmant « le maintien de la tutelle confiée à la France », tente une médiation via un prélat camerounais : Mgr Thomas Mongo rencontre Um Nyobé. La négociation tourne court. L'UPC, ancrée dans le mouvement mondial de refus du colonialisme, n'est pas prête à céder sur l'essentiel : l'indépendance. La position de l'Église catholique n'a pas facilité la tâche du médiateur : elle est vivement hostile à l'UPC, dont le leader est de surcroît un fidèle protestant. Dans une « lettre commune [14]», les évêques du Cameroun avaient mis en garde leurs ouailles contre ce parti, en raison « de son attitude malveillante à l'égard de la Mission catholique et de ses liens avec le communisme athée condamné par le Souverain Pontife ». Ancien séminariste, le Premier ministre et leader du Bloc des démocrates, André-Marie Mbida, dénonce la « clique de menteurs et de démagogues [15]» de l'UPC. A la même époque, on observe une attitude tout à fait similaire de l'Église au Rwanda, face aux partisans de l'indépendance.

Sous la direction du très foccartien Maurice Delauney [16], que nous retrouverons à maintes reprises, les troupes françaises durcissent la guerre contre les maquisards. Commandés par le colonel Jean-Marie Lamberton et le capitaine Georges Maîtrier, une vingtaine de pelotons de gendarmerie mobile mènent sans états d'âme la chasse aux upécistes [17]. Une offensive ciblée, menée par une troupe coloniale franco-tchado-camerounaise, permet d'atteindre Ruben Um Nyobé dans son repaire et de l'abattre, le 13 septembre 1958. Certains prétendent qu'il a été livré par son conseiller Théodore Mayi Matip : celui-ci, disparu du maquis au moment de l'attaque, n'a resurgi qu'à la fin des hostilités, avant de rallier le régime mis en place par Paris et d'être pendant vingt-cinq ans l'un des piliers du parti unique [18].


Car entre-temps le discours officiel a changé, dès le début de 1958, avant même le retour de De Gaulle au pouvoir. Le gouvernement français, empêtré en Algérie, veut couper l'herbe sous les pieds de l'UPC. L'indépendance du Cameroun est annoncée pour le 1er janvier 1960. « Une indépendance fictive », répète à trois reprises le ministre de l'Outre-mer Jacquet au Premier ministre camerounais Mbida [19]. Celui-ci, trop clairement pro-français, est remplacé par Ahmadou Ahidjo. Il s'agit d'un homme sûr, en faveur duquel le pouvoir colonial mettait depuis longtemps « des paquets de bulletins dans l'urne » [20]. Le 10 mai 1958, le nouveau chef du gouvernement de Yaoundé expose son programme : « C'est avec la France que, une fois émancipé, le Cameroun souhaite librement lier son destin pour voguer de concert sur les mers souvent houleuses du monde d'aujourd'hui [21]».

Du Foccart avant la lettre ?  Plutôt du Foccart dans le texte. Depuis 1947, Jacques Foccart s'occupe des affaires franco-africaines au RPF. Il a déjà tissé sa toile en Afrique, la quadrillant de sections du parti gaulliste. Il recourt « à divers stratagèmes propres aux organisations et sociétés secrètes : formation de réseaux de renseignement, [...] enquête sur les opinions politiques des administrateurs et fonctionnaires coloniaux, [...] tentatives de "noyautage" des milieux d'affaires français installés en Afrique [22]». Foccart noue des rapports personnels très étroits avec certains cadres africains [23]. Élu en 1950 à l'Assemblée de l'Union française, il en préside la commission de Politique générale, s'imposant comme le pivot de ce Parlement consultatif. Il a si vite étendu l'emprise de ses réseaux que le 24 janvier 1951, au moment de rendre compte de son dernier périple africain, le ministre de la France d'Outre-mer François Mitterrand s'exclame en plein Conseil : « Je ne devrais pas dire que j'ai fait un tour dans l'Union française, mais bien plutôt dans l'Union gaulliste » [24].

Membre de la même Assemblée, Ahmadou Ahidjo a été remarqué par Foccart [25]. C'est devenu l'un de ses points d'appui en Afrique, son favori pour le Cameroun. A l'Assemblée de l'Union, on traite longuement du destin spécifique des pays sous mandat des Nations unies, le Togo et le Cameroun. Le 10 mai 1958, le discours d'Ahidjo est donc très « informé ».

Trois jours plus tard éclate à Alger le complot du 13 mai qui, à Paris, ramène De Gaulle au pouvoir. De son propre aveu, Foccart a été « l'homme-orchestre » de ce complot multiforme, et il a gagné la partie [26]. Dans le sillage du général, il met aussitôt la main sur les affaires franco-africaines.

L'UPC n'est pas d'accord avec le « destin lié » que propose Ahidjo dans son discours-programme, elle ne se sent pas invitée à un « concert » ultra-marin avec la puissance coloniale. Félix Moumié, un médecin, succède à Um Nyobé assassiné. Implanté jusque là en pays bassa, le maquis upéciste gagne les montagnes du pays bamiléké et forme l'Armée de libération nationale kamerunaise (ALNK), sous le commandement de Martin Singap. Aux Nations unies, l'UPC est soutenue par une majorité d'États africains et asiatiques.

Pour la combattre, le Cameroun dévolu à l'ami Ahidjo se réfugie à peine indépendant dans les jupes de la France. Ahidjo s'attribue les pleins pouvoirs, mais en remet aussitôt l'essentiel à la métropole. Il signe des accords de défense, en partie placés sous le sceau du secret, et des accords d'assistance militaire. Dans leur article 1er, ces derniers confient officiellement à des personnels français le soin de « procéder à l'organisation, à l'encadrement et à l'instruction des forces armées camerounaises [27]». Telles sont les clauses avouées. Les clauses secrètes permettaient une ingérence plus massive encore : tout simplement des interventions militaires directes.

Contre ce qu'il appelle les « bandes rebelles [28]», Jacques Foccart suit au jour le jour l'évolution de la situation : il est le premier destinataire du rapport quotidien du Sdece (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, principal service secret français, rebaptisé DGSE [29] en 1982) ; à partir de 1960, son ami le colonel Maurice Robert crée le service Afrique du Sdece, étroitement et exclusivement rattaché à Foccart [30]. Il est nécessaire, pour la suite de cette histoire, de garder en mémoire cette constante : jusqu'en 1974, depuis l'Élysée et ses bureaux annexes, Foccart tient pratiquement tous les fils, officiels ou cachés, des relations franco-africaines ; sous Giscard et Mitterrand, l'écheveau sera devenu tel et les relais africains si bien rodés que l'influence officieuse restera déterminante.

Aussitôt né, le Sdece-Afrique enfante et instruit une filiale camerounaise, le Sédoc [31]: sous la direction de Jean Fochivé, elle sera vite réputée pour sa sinistre « efficacité ». On y torture à tour de bras. Côté police, un redoutable professionnel français, Georges Conan, démontre ses talents - dont celui de multiplier les aveux et dénonciations. Pour les affaires militaires, deux conseillers viennent encadrer le président Ahidjo : le colonel Noiret et le capitaine Leroy [32]. L'ancien ministre des Armées Pierre Guillaumat confirme : « Foccart a joué un rôle déterminant dans cette affaire. Il a maté la révolte des Bamilékés avec Ahidjo et les services spéciaux [33]». Au passage, on notera la présentation ethnique d'une révolte politique...

Foccart expédie au Cameroun une véritable armée : cinq bataillons, un escadron blindé, des chasseurs bombardiers T 26. A sa tête, un vétéran des guerres d'Indochine et d'Algérie, le général Max Briand, surnommé « le Viking ». Sa réputation le précède : en Extrême-Orient, ce colosse blond a commandé durant deux ans le 22e RIC - les casseurs de Viets [34]. Georges Chaffard décrit ainsi l'arrivée de Briand en pays bamiléké : « Douze fois, le convoi de véhicules doit s'arrêter, et l'escorte mettre pied à terre pour dégager la route. Ce sont de véritables grappes humaines, sans armes, mais hostiles, qui barrent le passage et s'agrippent aux voitures. Rarement insurrection a été aussi populaire [35]».

Le général Briand se pose en rouleau-compresseur et le colonel Lamberton en stratège. L'objectif, éradiquer l'UPC, est poursuivi selon une double approche : d'un côté, les camps de regroupement, sous l'autorité de « capitas » (une variété de kapos) ; de l'autre, la politique de la terre brûlée. La lutte anti-guérilla menée par les commandos coloniaux [36] est d'une brutalité inouïe. Vagues d'hélicoptères, napalm : c'est une préfiguration de la guerre du Vietnam que se jouent les vétérans d'Indochine. Leur rage est d'autant plus grande que les maquisards, opérant presque à mains nues - mais sur plusieurs fronts - remportent des succès ponctuels.

Charles Van de Lanoitte, qui fut de longues années correspondant de Reuter à Douala, parle de 40 000 morts en pays bassa, en 1960-61 : 156 Oradour, autant de villages totalement détruits avec ceux qui n'avaient pu les fuir [37].

Le journaliste décrit aussi « le régime effroyable des camps de tortures et d'extermination » dont il a été « le témoin horrifié » :


« Quelques exemples de tortures :

La Balançoire : les patients, tous menottés les mains derrière le dos et entièrement nus, dans une pièce à peine éclairée, sont tout à tour attachés, la tête en bas, par les deux gros orteils, avec des fils de fer qu'on serre avec des tenailles, et les cuisses largement écartées. On imprime alors un long mouvement de balançoire, sur une trajectoire de 8 à 10 mètres. A chaque bout, un policier ou un militaire, muni de la longue chicotte rigide d'un mètre, frappe, d'abord les fesses, puis le ventre, visant spécialement les parties sexuelles, puis le visage, la bouche, les yeux. [...] Le sang gicle jusque sur les murs et se répand de tous côtés. Si l'homme est évanoui, on le ranime avec un seau d'eau en plein visage. [...] L'homme est mourant quand on le détache. Et l'on passe au suivant...

Vers trois heures du matin, un camion militaire emmène au cimetière les cadavres. [...] Une équipe de prisonniers les enterre, nus et sanglants, dans un grand trou. [...] Si un des malheureux respire encore, on l'enterre vivant...

Le Bac en ciment : les prisonniers, nus, sont enchaînés accroupis dans des bacs en ciment avec de l'eau glacée jusqu'aux narines, pendant des jours et des jours. [...] Un système perfectionné de fils électriques permet de faire passer des décharges de courant dans l'eau des bacs. [...] Un certain nombre de fois dans la nuit, un des geôliers, "pour s'amuser", met le contact. On entend alors des hurlements de damnés, qui glacent de terreur les habitants loin à la ronde. Les malheureux, dans leurs bacs de ciment, deviennent fous !...

Oui j'affirme que cela se passe depuis des années, notamment au camp de torture et d'extermination de Manengouba (Nkongsamba) ».


Le fil conducteur est évident : l'Indochine, l'Algérie, le Cameroun... jusqu'à ces camps de torture au Rwanda d'avant le génocide, que décrit Jean Carbonare. L'impunité encourage la reconduction.


Pendant ce temps, les « services » camerounais et français font des ravages dans les milieux upécistes. Le Sédoc se charge du tout venant : il fait arrêter des milliers de « suspects », et les conduit dans les camps ci-dessus évoqués... Au Sdece reviennent les têtes pensantes : le 15 octobre 1960, à Genève, l'un des ses agents empoisonne au thallium le chef de l'UPC Félix Moumié. Constantin Melnik, responsable des Services secrets auprès du Premier ministre Michel Debré, explique qu'une telle opération « Homo » (comme homicide) ne pouvait être déclenchée que par l'Elysée, c'est-à-dire au moins par Jacques Foccart [38].

C'est à un ami sexagénaire, le Franco-Suisse William Bechtel, alias « Grand Bill », que Foccart confie l'opération. William et Jacques se retrouvent régulièrement à Cercottes sur le terrain d'entraînement des réservistes du Sdece. Bechtel est un anticommuniste de choc, ancien commando d'Indochine et chargé du maintien de l'ordre chez Simca, contre la CGT. On imagine les arguments que Foccart a trouvés pour le convaincre, du genre « l'UPC égale le Viêt-minh ».

Se faisant passer pour un journaliste suisse, Bechtel approche Moumié au Ghana, sympathise avec lui, puis le retrouve lors d'un déplacement à Genève. Il le convie à dîner au restaurant Le plat d'argent, la veille du jour où le chef de l'UPC doit reprendre l'avion pour l'Afrique : c'est là-bas que la cible est censée mourir, loin de toute police scientifique et de la presse occidentale. Comme Moumié ne boit pas le pastis empoisonné, Bechtel verse du thallium dans un verre de vin. Mais, assoiffé par la discussion qui suit le repas, Moumié finit par avaler le pastis d'un trait. La double dose accélère l'effet du poison. Vers la fin de la nuit, le leader camerounais se fait transporter à l'hôpital, où il meurt dans d'atroces souffrances, non sans avoir diagnostiqué son propre empoisonnement et l'avoir dit au personnel soignant.

Son assassin se réfugie sur la Côte d'Azur, dans une villa louée par le Sdece. Durant quinze ans, il échappera au mandat d'arrêt international tardivement lancé par la Suisse. Arrêté à Bruxelles en 1975, extradé, il sera acquitté en 1980. Au bénéfice du doute... et des extraordinaires pressions exercées par l'Élysée [39]. En 1995, Foccart n'avait toujours aucun regret de l'élimination de Moumié : « Je ne crois pas que cela ait été une erreur [40]».

Le chef de l'UPC n'a pu préparer sa succession. Une direction bicéphale se met en place : Abel Kingue en exil (au Ghana), Ernest Ouandié dans le maquis. Les combats, et les massacres de villageois par les troupes franco-camerounaises, durent jusqu'en 1963. Ouandié conserve un noyau de maquisards jusqu'en août 1970. Il est trahi à son tour lors d'un déplacement organisé par l'évêque de Nkongsamba en personne, Mgr Albert Ndongmo, qui l'a transporté dans sa 404 Peugeot [41]. Arrêté, il est fusillé sur la place publique de Bafoussam en janvier 1971. La guérilla d'une autre branche de l'UPC, installée dans les forêts du Sud-Est camerounais à partir du Congo voisin, n'a pas eu meilleur sort : elle a été décimée en 1966, son leader Afana Osendé a été décapité, et sa tête ramenée à Yaoundé [42].

Côté français, le colonel Lamberton concevait cette guerre ci­vile comme une façon de résoudre le « problème bamiléké » [43]. A la lumière de ce qui s'est passé au Rwanda de 1959 à 1994, il n'est vraiment pas inutile de relire ce qu'écrivait de ce « problè­me », en 1960, l'officier français qui fut chargé de le « traiter » :


« Le Cameroun s'engage sur les chemins de l'indépendance avec, dans sa chaussure, un caillou bien gênant. Ce caillou, c'est la présence d'une minorité ethnique : les Bamiléké, en proie à des convulsions dont l'origine ni les causes ne sont claires pour personne. [...] Qu'un groupe de populations nègres réunisse tant de facteurs de puissance et de cohésion n'est pas si banal en Afrique Centrale [...]. L'histoire obscure des Bamiléké n'aurait d'autre intérêt qu'anecdotique si elle ne montrait à quel point ce peuple est étranger au Cameroun [44]».

Cela ressemble furieusement à la construction raciste de la menace tutsie ! Il n'est pas question de laisser les « Camerounais authentiques » (les non-Bamilékés) se charger seuls de soumettre ces « étrangers » conscients et solidaires :


« Sans doute le Cameroun est-il désormais libre de suivre une politique à sa guise et les problèmes Bamiléké sont du ressort de son gouvernement. Mais la France ne saurait s'en désintéresser : ne s'est-elle pas engagée à guider les premiers pas du jeune État et ces problèmes, ne les lui a-t-elle pas légués non résolus ? [45]».


Mais le pompier de ce problème incandescent n'est-il pas aussi le pyromane ?  Selon le philosophe camerounais Sindjoun Pokam, « c'est la France qui produit, crée, invente le problème bamiléké et l'impose à notre conscience historique. Derrière le problème bamiléké, il y a en vérité le problème français qui s'exprime sous les espèces du conflit entre les intérêts de l'État français et ceux du peuple camerounais [46]». De la même manière, il y avait le problème belge derrière le problème hutu-tutsi : les querelles Flamands-Wallons, entre autres, ainsi que des enjeux financiers et religieux.

C'est en tout cas le moment de rappeler la maxime du plus célèbre des colonisateurs français, le maréchal Lyautey : « S'il y a des mœurs et des coutumes à respecter, il y a aussi des haines et des rivalités qu'il faut démêler et utiliser à notre profit, en opposant les unes aux autres, en nous appuyant sur les unes pour mieux vaincre les autres [47]».

Depuis 1984, je compte parmi les Français plutôt bien informés sur l'Afrique. C'est seulement en 1993 que j'ai pris connaissance des massacres français au Cameroun [48]. Pourtant, ce crime de guerre à relents racistes, si ample et si prolongé, est proche du crime contre l'humanité. Décrire et faire connaître ce premier grand crime foccartien est indispensable à l'intégrité d'une mémoire française. Comprendre pourquoi la presse n'en a rien dit, et comment il a pu être si longtemps ignoré, ne serait pas sans enseignements sur les contraintes et tentations des correspondants français en Afrique. L'étude reste à faire...

Les massacres commis par l'armée française ont aussi bénéficié, il faut le reconnaître, d'une conjoncture médiatique très propice : de 1960 à la fin de 1962, l'attention de l'opinion hexagonale est captivée par l'issue mouvementée du conflit algérien. La proximité d'un drame qui concerne un million de nationaux, les Pieds-noirs, occulte les cris d'horreur qui s'échappent difficilement d'une Afrique équatoriale à faible immigration française. En métropole, l'opinion n'a d'ailleurs jamais eu qu'un infime écho des massacres coloniaux. Depuis la Libération, leurs auteurs poursuivaient leur besogne en toute quiétude : Sétif, Hanoi, Madagascar... [49]



[1]. Max Bardet et Nina Thellier, O.K. Cargo !, Grasset, 1988.

[2]. Le chiffre même annoncé par Max Bardet demeure hypothétique tant que les survivants, avec l'appui d'historiens camerounais et étrangers, se sentiront interdits d'évoquer l'horreur. Ce sentiment, qui dure depuis plus d'un tiers de siècle, témoigne à lui seul de l'ampleur du massacre.

[3]. Pour la genèse du nationalisme camerounais, cf. Dieudonné Oyono, Avec ou sans la France ?  La politique africaine du Cameroun depuis 1960, L'Harmattan, 1990, p. 20-33.

[4]. Il ne pouvait, à peine d'être débordé par les ambitions de ses alliés américain et soviétique, leur laisser le monopole du discours de libération.

[5]. Donnat, Jacquot, Lalaurie, Soulier.

[6]. Cf. Yves Benot, Massacres coloniaux, La Découverte, 1994, p. 78-79.

[7]. Cette évolution conduira évidemment l'UPC à quitter le RDA.

[8]. Cf. Dieudonné Oyono, op. cit., p. 22, note 27.

[9]. Ruben Um Nyobé, Le problème national camerounais (discours rassemblés par Achille Mbembé), L'Harmattan, 1984, p. 23.

[10]. Introduction à Ruben Um Nyobé, op. cit., p. 49.

[11]. Cité par Daniel Tessue, Polémique autour du problème bamiléké, dans l'hebdomadaire camerounais La Nouvelle Expression, 11/07/1995.

[12]. Cf. Pierre Péan, L'homme de l'ombre, Fayard, 1990, p. 199-200.

[13]. Contre l'ANC de Mandela, le régime d'apartheid sud-africain dressera de même l'Inkatha du chef zoulou Buthelezi - futur adhérent à... la filiale africaine de l'Internationale démocrate-chrétienne.

[14]. D'avril 1955. Citée par Dieudonné Oyono, op. cit., p. 30, note 44.

[15]. Discours du 9 novembre 1957. Ibidem, p. 31.

[16]. Futur maire de Cannes.

[17]. Cf. Pierre Péan, op. cit., p. 316.

[18]. Cf. Suzanne Kala-Lobe et Jean-Claude Abena, Sans eux, pas d'unité ?, in Jeune Afrique Économie, 02/1992. Daniel Um Nyobé, fils de Ruben, m'a fourni aussi de précieuses indications. Le journal d'Um Nyobé est consigné dans les archives de l'armée française. Ne serait-il pas temps de rendre plus accessible ce document essentiel de l'histoire du Cameroun ?

[19]. Déclaration en date du 27/02/1958. Citée par Dieudonné Oyono, op. cit., p. 37.

[20]. Selon l'ambassadeur Guy Georgy, qui commanda la région Nord du Cameroun de 1951 à 1955.

[21]. Discours du 10 mai 1958. Ibidem, p. 31.

[22]. Robert Bourgi, Le général de Gaulle et l'Afrique noire, 1940-1969, Université de Paris I, thèse de doctorat d'État en sciences politiques, 1978, p. 50. L'auteur n'est pas un quelconque calomniateur : c'est le fils d'un très grand ami de Foccart, et il deviendra son homme de confiance. 

[23]. Cf. Bernard K. Yao, Jacques Foccart : homme d'influence, acteur incontournable de la politique africaine de la France, in Revue juridique et politique, 01/1996, p. 69.

[24]. Le trait n'est pas certain : il est rapporté par... Jacques Foccart, dans sa Lettre à l'Union française hebdomadaire (25/01/1951). Cf. Pierre Péan, L'homme de l'ombre, op. cit., p. 188.

[25]Foccart parle, I, p. 87-89 et 95.

[26]. Cf. Pierre Péan, op. cit., p. 224-234.

[27]. Cité par Dieudonné Oyono, op. cit., p. 42.

[28]Foccart parle, I, p. 206.

[29]. Direction générale de la sécurité extérieure.

[30]. Et comme si cela ne suffisait pas, il double ce service par un réseau d'honorables correspondants, « Jimbo », animé par Marcel Chaumien. Cf. Pierre Péan, op. cit., p. 290 et 292.

[31]. Plus précisément le SDESC, Service de documentation et d'études de la sécurité camerounaise, qui deviendra ensuite le DIRDOC. Cf. Roger Faligot et Pascal Krop, La piscine, Seuil, 1985, p. 236.

[32]. Cf. Foccart parle, I, p. 208 ; Roger Faligot et Pascal Krop, op. cit., p. 236 ; Pierre Péan, op. cit., p. 316 ; Pascal Krop, Le génocide franco-africain, JC Lattès, 1994, p. 33.

[33]. Cité par Pierre Péan, op. cit., p. 284.

[34]. Roger Faligot et Pascal Krop, op. cit., p. 238.

[35]Les Carnets de la décolonisation. Cité par Pierre Péan, op. cit., p. 285.

[36]. Commandés par des Français et composés de « tirailleurs » de diverses nationalités - dont des Tchadiens et, bien sûr, une proportion grandissante de Camerounais.

[37]. Lettre ouverte à Georges Pompidou, citée par Mongo Beti, Main basse sur le Cameroun, Maspero, 1972. Jusqu'à aujourd'hui, il a été impossible (à ma connaissance) de procéder à un décompte quelque peu précis du nombre des victimes de l'éradication de l'UPC en pays bamiléké. Dans l’évocation de cette tragédie, Mongo Beti a été un précurseur. Plusieurs des sources citées plus haut sont redevables de ses travaux.

[38]La mort était leur mission, Plon, 1996, p. 199-200. Melnik lui-même n'a pas d'état d'âme : les « Sékou Touré, Moumié ou Lumumba [...] lui paraissaient des petits Lénine ou de minuscules Hitler » (p. 200).

[39]. Cf. Pierre Péan, op. cit., p. 286-287 et 290 ; Constantin Melnik, op. cit., p. 197-202 ; Roger Faligot et Pascal Krop, op. cit., p. 239-246.

[40]. Réponse à une question de Pierre Péan, in Jeune Afrique du 16/02/1995.

[41]. Cf. Adolphe Makembe Tollo, L'aile armée de l'UPC, in Jeune Afrique Économie, 02/1992. L'auteur était encore dans le maquis à cette époque. Il laisse entendre que Mgr Ndongmo, qui passait pour un sympathisant de l'UPC, aurait lui-même trahi Ouandié.

[42]. Cf. Abel Eyinga, L'UPC : une révolution manquée ?, Éd. Chaka, p. 137-138. Osendé était docteur en économie, spécialiste du développement.

[43]. Cf. France-Cameroun, Croisement dangereux, Agir ici et Survie/L'Harmattan, 1996, p. 78-79.

[44]. Jean-Marie Lamberton, Les Bamilékés dans le Cameroun d'aujourd'hui, in Revue de Défense Nationale, Paris, mars 1960. Cité par : Collectif "Changer le Cameroun", Le Cameroun éclaté ?  Anthologie commentée des revendications ethniques, Éditions C3, Yaoundé, p. 53-57.

[45]. Ibidem, p. 54.

[46]. Cité par Daniel Tessue, Polémique autour du problème bamiléké, in La Nouvelle Expression, 11/07/1995.

[47]. In Daniel Tessue, art. cité.

[48]. Je n'avais évidemment pas lu tous les ouvrages spécialisés - une vie n'y suffirait pas. Les signaux qui auraient pu me conduire, par exemple, aux travaux pionniers d'Achille Mbembe sur le sujet demeuraient rares ou faibles.

[4

 

 

 

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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 07:58

La fin du monde n'est pas en 2012, mais ...


2012 est effectivement une date importante pour la civilisation Mayas, mais elle ne signifie "que" la fin de leur premier cycle d'années. En réalité, la fin du monde a été prévue dans 72 milliards de milliards de milliards d'années!
Le mythe du 21 décembre 2012 vient de s'effondrer pour les superstitieux. En effet, David Stuart, le célèbre épigraphiste américain de l'Université du Texas à Austin est le spécialiste des systèmes de numérotation des Mayas. Ainsi comme nous l'expliqueLe Monde, il a recalculé la date à laquelle les Mayas ont prévu la fin du monde.C'est grâce à des calculs mathématiques délicats refaits par le chercheur américain que la vérité a été trouvée.
Petite précision avant de commencer, le calendrier mayas n'est pas linéaire et fonctionne par un système de cycles imbriqués, tous d'une longueur variable, le premier dure 52 ans.
Les deux calendriers
Ne prenant en compte que 260 jours dans le premier (Tzolk'in), un second (Haab) comptait 18 mois. Explication : au lieu d'avoir une semaine de sept jours, comme nous, les semaines mayas comportaient vingt jours (Imix, Ik', Ak'bal...) qui étaient numérotés de 1 à 13. Ce qui, de façon évidente, n'est pas très logique. Ainsi, pour obtenir un tour complet et pouvoir numéroter les vingt jours, ils multipliaient 13 par 20 pour obtenir un nombre correct. Et les dates s'inscrivaient jour/ nombre. Exemple : 1 Imix, 2 Ik', 3 Ak'bal...
Le second calendrier (Haab) comportant 18 mois (Pop, Wo, Sip, Sotz'), chaque mois comportait 20 jours. Et pour que le calendrier se terminait en même temps que le cycle solaire, cinq jours étaient ajoutés.
Deux premiers cycles : un court et un long
Les deux calendriers rassemblés, formaient un cycle court de 52 ans. A l'inverse, un deuxième cycle plus long, divisait le temps en 5 unités emboîtées : K'in ( jour), Winal (période de vingt jours), Tun (période de 360 jours), K'atun (7200 jours, 20 Tun) et Bak'tun (144 000 jours, 20 k'atun). Le commencement du cycle long est daté du 13 août 3114 avant l'ère commune, or il comporte que 5125 ans, soit 13 Bak'tun. Ce qui signifie que sa fin est proche. Il y a donc deux comptes : un court qui englobe les deux calendriers et un long qui utilise 5 unités de mesurent emboîtées. C'est ainsi que l'on comprend comment les mayas écrivaient les dates.
Le Monde donne un exemple : "La naissance de K'inich Janab Pakal, grand roi de Palenque (Mexique). Dans notre calendrier, il est né le 23 mars 603 après J.-C. Cette date tombait - accrochez-vous encore un peu - "8 Ahaw" dans le tzolk'in et "13 Pop"dans le haab. Et dans le compte long, elle s'écrivait comme l'écoulement de 9bak'tun, 8 k'atun, 9 tun, 13 winal et zéro k'in (soit un total de 1 357 100 jours), après une date-origine qui marque le début de ce cycle long. Si bien qu'en définitive cette date s'écrivait en juxtaposant les notations des comptes long et court : "9.8.9.13.0 - 8 Ahaw 13 Pop" ". 
La fin du monde
Mais parce que deux cycles ne suffisent pas, les Mayas en avaient un troisième : le"grand compte long qui comporte 19 unités de temps supplémentaires" au compte long, explique David Stuart. Donc si le 21 décembre 2012 est bien inscrit au calendrier Mayas comme une date importante c'est parce qu'il marque la fin du cycle long, il reste le "grand compte long" qui lui durera 72 848 437 894 736 842 105 263 157 200 années solaires, soit "plus de 72 milliards de milliards de milliards d'années". Autant dire que l'humanité a encore du temps devant elle!

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